Les choix du douzième

L’écharpe, notre arme symbolique

La foule, fatiguée par l’angoisse de la défaite et l’instabilité de la victoire, se lève. La conviction éreintée par des encouragements incessants, ces partisans épuisés donnent leurs derniers souffles soutenus avant de se taire dans la torpeur du tourment. Érigée telle une mosaïque, elle envoie ses dernières forces à des joueurs souillés par l’odeur âcre du gazon et de la sueur. Le stade hume cette effluve distinctive des terrains, l’interprétant tel le signe du dévouement envers ces supporteurs asservies par l’encouragement.

Le stade est francophone; les gens crient en français; les partisans portent le bleu du passé et le noir de l’effroi et du présent. Devant eux, les tuniques embrasées par la peau des footballeurs montréalais sont devenus terreux et sans significations par cette simple présence boueuse et gazonnée. Le fait français n’y est plus symboliquement représenté; le noir est disparu sous cette couche épaisse de gazon et de boue.

Non loin de là, la 132 arrête de chanter, désormais servile de l’effort consacré depuis les premiers coups de sifflet du début de la rencontre. Les tambours arrêtent du coup de gueuler : les bras sont meurtris par ces violents chocs incessants et pleins de rage. Les étendards tombent au combat… affaissés par la stupeur de leurs porteurs surmenés.

Le stade entre soudainement dans un silence troublant.

Les milliers de spectateurs présents et meurtris s’érigent étrangement sur un coup de tête, dans le brouhaha de l’abstinence sonore, le tout dans un calme inquiétant. La partie continue, mais on peut y apercevoir le son intense d’une assemblée qui se lève, tel le sentiment que tout reste à faire.

On y voit debout ces personnes fiers et passionnés qui arrachent méticuleusement un long bout de tissu de leur cou. Contrairement au chandail qui ne cesse d’évoluer au fil du match, au fil des campagnes, au fil du temps, il est bel et bien intact, ne modifiant pas régulièrement ses couleurs, sa vision, son style et sa conception : il transcende le temps, au même titre que le blason.

Ainsi, les bras sur le point de céder, ces partisans tendent leur écharpe avec cette perspicacité de puissance et d’étouffement vis-à-vis l’adversaire. On peut y apercevoir par le fait même majoritairement des « Impact Montréal » accompagnés de sa fleur de lys, symbole de l’ancienne monarchie francophone, sur un fond noir dominateur.

C’est magnifique, ce noir et bleu victorieux, ces yeux brillant plein de conviction envers le onze qui se démène devant eux pour remporter des batailles symboliques, ces gens levés par la simple présence morale d’une poussée d’énergie hypothétique transmise à leurs héros locaux…

C’est joli.

Et puis, les tambours se remettent à trembler; le bruit est imperceptible pour l’ensemble du stade, mais il donne le ton pour les premiers qui entonnent un chant avec à la clé un arrière-plan sonore percutant et clair. Tout le monde suit ces précurseurs. Le stade est engloutit par la voix de ces milliers de spectateurs assidus à la tâche victorieuse. Les écharpes flottent au son des tambours; les bras retrouvent une certaine aise qui rend ces bouts de tissu symboliques à la vue de tous et tendus à l’extrême. Les joueurs sont galvanisés; les partisans ressentent des frissons en gueulant l’hymne de l’Impact. Tous pour gagner, en somme…

Les maillots crasses laissent ainsi place aux foulards victorieux, historiques et patriotiques perdurant à travers les années du club. L’écharpe, elle, sera toujours noire et bleue. Elle sera toujours portée bien en haut dans le ciel au son de l’hymne de l’Impact, voguant à travers la pluie, le vent et la chaleur insupportable, telle la trace indélébile d’une victoire contre le Santos Laguna.

Les écharpes, c’est la tradition, la passion, le vécu, le club, les partisans, l’hymne du club et un sacré motif lorsqu’elles sont étalées par les mains de ces partisans présents dans les gradins.

Le maillot délimite nos bataillons; l’écharpe est l’arme qui abattra symboliquement nos ennemis.

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